Hommage à la chanteuse Maurane

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Mardi 8 mai, la chaîne de télévision RTBF a annoncé le décès de Maurane. Tout au long de sa carrière, elle se sera efforcée de concilier refrains populaires et exigence artistique, en choisissant avec le plus grand soin ses auteurs. Juliette, Art Mengo  ont vu leurs textes transcendés par ses talents d’interprète, mais c’est avec Jean-Claude Vannier qu’elle a enregistré « Sur un prélude de Bach », la chanson qui a définitivement lancé sa carrière, et quelques uns des titres parmi les plus beaux de son répertoire. Nous avons tenu à lui rendre hommage en publiant l’entretien qu’elle nous avait accordé en 2016.

Comment avez-vous découvert Vannier ?

J’ai connu Vannier parce qu’il a collaboré avec Claude Nougaro que j’admire beaucoup. Je l’ai vu diriger Nougaro sur scène en 1977, notamment pour un mini opéra « Victor ».  Je pense l’avoir découvert à l’âge de seize ans grâce à un ami guitariste, nous étions allés le voir au Théâtre 140 à Bruxelles. Il n’y avait quasi personne. Après le concert, je suis allée le rencontrer pour lui demander de m’écrire des chansons et comme il ne me connaissait pas, il m’a envoyée sur les roses.

À l’époque, débutiez-vous votre carrière de chanteuse ?

À cette époque, je chantais dans les cabarets, dans la rue. J’en étais à un stade confidentiel et cela ne signifiait rien pour Vannier de m’écrire des chansons. Il a toujours nié cette histoire : « Je ne t’ai jamais dit cela, je n’ai jamais fait cela. » (Jean-Claude Vannier nous a confié, par la suite, que Maurane disait vrai, nda)

Quel impact a eu la chanson « Sur un prélude de Bach » dans votre carrière ?

Cette chanson m’a fait passer par toutes les couleurs de l’enfer et de l’arc en ciel. Quand Vannier me l’a jouée la première fois, je ne l’ai pas du tout aimée. Cela se déroulait chez moi, il était au piano et il jetait les mots sur la musique, me regardant de biais pour guetter ma réaction. C’était la première fois qu’il me proposait une chanson et je dois avouer que c’était assez particulier comme ambiance. Depuis, je m’y suis habituée. Après l’avoir écoutée, je lui ai dit : « Attendez, je ne chanterai pas cela, et puis on ne peut pas toucher à ce “Prélude numéro 1”. » J’étais choquée. Je trouvais incongrue que l’on puisse coller des mots sur cette air, mais comme j’avais une totale confiance en lui sur le plan artistique, je me suis remise en question. J’ai laissé passer du temps et un jour, alors que j’étais en duo piano/voix, j’ai décidé de tester cette chanson en public. Cela se passait à Sambreville en Belgique. Lorsque je l’ai chantée, le temps s’est comme suspendu, j’ai été transportée, et les spectateurs m’en ont beaucoup parlé après le concert. Lorsque j’ai préparé l’album qui allait devenir Ami ou ennemi, j’ai fait écouter dix-huit maquettes au producteur et éditeur Marc Lumbroso. « Sur un prélude de Bach » était la dernière. Il l’a écoutée et à la fin il m’a lancé : « Écoute, si tu ne mets pas cette chanson sur ton disque, je ne te parle plus. » Il ne s’était pas trompé, la chanson a remporté un grand succès et l’album s’est vendu à cinq-cent-mille exemplaires (Ami ou ennemi est sorti en 1991 chez Polydor, nda). Aujourd’hui, cela fait plus vingt-cinq ans qu’elle m’accompagne. Parfois, j’en ai assez de la chanter, mais cela ne dure, en général, pas très longtemps. Si je ne la chante pas, les gens sont outrés. C’est la chanson référence dans ma carrière. À l’époque, Vannier m’avait dit : « Tu verras, tu t’habitueras à des mots comme “pot de colle”, “casserole”. Ils feront partie de toi, tu ne pourras plus t’en passer. » Il vrai qu’aujourd’hui je trouve cela naturel.

Pourquoi avoir repris la chanson « Juste une petite fille » sur l’album Différente en 1995 ?

J’avais vu Jean-Claude Vannier chanter cette chanson en robe de mariée avec du rouge à lèvres vif. J’adore ce titre et je rêvais de la reprendre. Un jour, Jean-Claude me dit : « Tu sais, il y a une que j’aimerais que tu chantes, c’est “Juste une petite fille”. » On appelle cela une connexion. J’ai souvent vu Vannier dans des concerts extravagants, il n’aime pas que l’on dise cela, mais il a une sorte de folie. Nous avons besoin de fous comme lui.

En tant qu’auteur, qu’est-ce qui caractérise Vannier ?

Ce sont des mots très particuliers, on a l’impression qu’il jette des mots, alors qu’ils ont de l’importance. Il a fait chanter à Catherine Lara : « Je ne suis qu’un œuf sur le comptoir. » Cela exprime tellement la solitude ! Il aime mettre dans ses chansons des mots comme « pèse-personne », « glucose »… Il est le seul à les employer. Il fait sonner le français comme personne et il a une écriture tout à fait singulière que l’on aime ou que l’on n’aime pas. Il fait l’unanimité chez les intellectuels, ce qui m’énerve parce que je pense que ses chansons vont au-delà de ces cercles.

Pensez-vous que ses chansons lui ressemblent ?

Oui, elle sont comme lui : déjantées, poétiques, belles, sensibles, déconnectées… Vannier est déconnecté. Cela fait drôle d’aller chez lui, d’être accueilli sans un bonjour et de se voir proposer du café froid. Idem quand il vous appelle en hiver, alors qu’il est sensé vous apporter des partitions dans l’après-midi, pour vous dire : « Est-ce que cela t’ennuie de passer chez moi plutôt ? Parce que tu comprends, c’est l’hiver il fait très froid, et je n’ai que des manteaux de mi saison. »

Lorsque Vannier vous écrit des chansons, dirige-t-il vos séances voix ?  

Oui, mais ce n’est pas douloureux. Étant donné la complexité du personnage, cela pourrait être compliqué, mais c’est en réalité très simple. Lorsque l’on travaille ensemble, on se comprend assez vite. Je déteste chanter d’une façon sophistiquée et cela doit lui plaire étant donné qu’il n’aime pas les surinterprétations.  Les séances voix se font assez rapidement. Parfois, il me corrige sur un mot, une intention, mais cela se fait naturellement.

Selon vous, pourquoi Nougaro qui aimait le jazz a-t-il fait appel à Vannier qui n’est pas un jazzman ?

Outre le fait qu’il a été un arrangeur à la mode à une certaine époque, Vannier était singulier par son originalité, son identité et je pense que cela a séduit Nougaro. Celui-ci a toujours été attiré par les identités très fortes, or Vannier, on ne peut passer à côté. En dehors de l’auteur génial, Vannier est aussi un musicien génial. Sur le plan harmonique et sur le plan mélodique, il possède des choses exceptionnelles, notamment des montées et des descentes chromatiques, qui n’appartiennent qu’à lui. Cela ne pouvait que séduire Nougaro.

Beaucoup d’arrangeurs considèrent que leur travail s’assimile à de la co-composition. Qu’en pensez-vous ?

Je suis d’accord, car dans l’arrangement il y a des gimmicks qui font la chanson. Vannier a l’art des gimmicks et de mettre toujours sa patte. On ne peut pas ne pas le reconnaître… même si parfois il ne le fait pas exprès. Ses gimmicks de cordes sont immédiatement identifiables, comme dans « Sur un prélude de Bach ». L’arrangement a autant d’importance que la musique en soi, l’arrangement porte la musique, et je trouverai normal que l’arrangeur soit crédité comme co-compositeur.

Croyez-vous que son talent soit reconnu à sa juste valeur ?

Non, pas du tout. Il me fait penser à Érik Satie qui, encore aujourd’hui, est méconnu et incompris. Je ne crois pas que ce soit une volonté de Vannier d’être élitiste, pour lui il y a quelque chose de populaire dans ce qu’il fait. Je pense que Nougaro n’a pas été non plus reconnu à sa juste valeur (Maurane a enregistré un album de reprises de chansons de Claude Nougaro, Nougaro ou l’espérance en l’homme, publié chez Polydor en 2009, nda).

À quand un disque entier écrit par Jean-Claude Vannier ?

Je suis dans une multinationale et Vannier n’est pas considéré comme  vendeur. C’est atroce. Les maisons de disque veulent des auteurs et des compositeurs capables d’écrire des tubes. Un album entier écrit par Jean-Claude, cela serait étrange, mais j’aime l’étrangeté. Je rêve d’un album entier écrit par Vannier, cela fait longtemps que l’on en parle.

« Sur un prélude de Bach » (1991)

Lorsque j’entends ce prélude de Bach
Par Glenn Gould, ma raison s’envole
Vers le port du Havre et les baraques
Et les cargos lourds que l’on rafistole
Et les torchères, les grues patraques
Les citernes de gasoil

Toi qui courais dans les flaques
Moi et ma tête à claques
Moi qui te croyais ma chose, ma bestiole
Moi je n’étais qu’un pot de colle

Lorsque j’entends ce prélude de Bach
Par Glenn Gould, ma raison s’envole
Et toutes ces amours qui se détraquent
Et les chagrins lourds, les peines qu’on bricole
Et toutes mes erreurs de zodiaque
Et mes sautes de boussole

Toi, les pieds dans les flaques
Moi, et ma tête à claques
J’ai pris les remorqueurs pour des gondoles
Et moi, moi je traîne ma casserole

Dans cette décharge de rêves en pack
Qu’on bazarde au prix du pétrole
Pour des cols-blancs et des corbacs
Qui se foutent de Mozart, de Bach

J’donnerais Ray Charles, Mozart en vrac
La vie en rose, le rock’n roll
Tous ces bémols et tous ces couacs
Pour Glenn Gould dans c’prélude de Bach.

(Jean-Claude Vannier)

 

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L’orchestre de Jean-Claude Vannier interprète les musiques de Georges Brassens

En 1974, Philips commande à Jean-Claude Vannier un album de reprise de Georges Brassens pour commémorer ses vingt ans de carrière. Il réunit pour l’occasion un orchestre composé d’amis et d’habitués de ses sessions studio (Philippe Mathé, Jean-Louis Chautemps, Bernard Lubat, Pierre-Alain Dahan, Francis Darizcuren, Jean-Pierre Sabar, Marcel Azzola…) et revisite de manière inédite des mélodies pourtant connues de tous.

Comme il l’explique dans le livret accompagnant sa réédition CD en 2011 :« Je me suis amusé à y mêler des souvenirs personnels, fanfares de la Salvation Army dans la brume londonienne, limonaires des quais de Seine, l’Amicale des Fausses Notes sur le kiosque du Jardin du Luxembourg, l’harmonium peuplé d’araignées de l’église d’Honfleur, soupirs tziganes au pont de Prague, marcharange des favelas, tenoras barcelonaises ou saltarelles des trottoirs de Spaccanapoli. »

Résultat: injustement ignoré, cet album de reprises est, paradoxalement, l’un de ses disques les plus personnels, l’un de ceux où il s’autorise à laisser libre cours à son imagination, loin de tout formatage. Jean-Claude Vannier considère d’ailleurs, à juste titre, qu’il s’agit de l’une de ses plus grandes réussites musicales.

Jean Schultheis : « Les chansons de Brassens sont très ciselées et ne sont pas aussi simples qu’on l’imagine. Vannier avait décidé de jouer la carte de l’atonalité, c’est-à-dire de mélanger des éléments dans des tonalités différentes. A l’époque, il faisait œuvre de modernité. À l’image de son travail avec Ricet Barrier, il a utilisé pour ce disque un flexatone, des clochettes, un jazzoflute, des sifflets, des verres remplis d’eau… Des instruments que l’on a coutume d’employer pour les bruitages. Je crois que c’est un album que beaucoup d’orchestrateurs devraient écouter. »

Album disponible en écoute intégrale sur le site de Jean-Claude Vannier.

Entretien avec Roland Romanelli

Sorti en 1970 chez Philips, Madame est la transposition sur disque d’une pièce de théâtre musicale écrite par Remo Forlani. Autour des mélodies composées par Barbara, Jean-Claude Vannier dessina des orchestrations d’une grande finesse de trait. Il garde, aujourd’hui encore, un souvenir particulièrement prégnant de cette unique collaboration qu’il considère être l’une de ses réalisations les plus abouties. La mort ayant emporté la longue dame brune avant qu’elle n’achève ses mémoires, l’accordéoniste virtuose Roland Romanelli, son fidèle compagnon de route, également arrangeur, était l’une des personnes les plus à même de pouvoir évoquer les coulisses de cette rencontre.

Dans votre autobiographie Vingt ans avec Barbara (L’Archipel, 2010, nda), vous expliquez avoir arrangé les chansons de Barbara pour la pièce Madame. Sur l’album Madame, c’est Vannier qui réalise les arrangements. Quelle était la répartition des rôles ?

Vannier a réalisé les arrangements des versions album, pour ma part, j’ai réalisé les arrangements de scène. Pour les représentations de Madame, j’accompagnais Barbara, j’étais le seul musicien et je jouais de l’accordéon électronique. Durant la pièce, Barbara interprétait une femme qui aurait aimée être prostituée et chantait les chansons que l’on retrouve sur le disque.

Sur Madame, vous êtes crédité à l’accordéon électronique, or, Vannier ne se rappelle pas que vous ayez joué lors des sessions de cet album. Y avez-vous participé ?

J’étais là, bien sûr. Mais quand on travaille avec Barbara, on doit être tellement présent que Vannier a pu m’oublier. Barbara prenait beaucoup d’importance : devant elle, les musiciens étaient très à l’écoute de peur de passer à côté d’un détail qui aurait pu modifier la tournure des choses. Je lui pardonne de m’avoir oublié. Barbara a travaillé avec des arrangeurs différents, Michel Colombier ou Jean Musy, mais j’ai toujours fait partie de ses séances d’enregistrement, quoi qu’il arrive.

Pourquoi un disque a-t-il été tiré de Madame ?

Le disque est sorti parallèlement à la pièce.

La photographie de Madame représente-t-elle Barbara dans un décor de la pièce ?

Il s’agit du décor de la pièce. Celui-ci a été conçu par le peintre Luc Simon, un grand ami de Barbara.

En lisant vos mémoires, on a l’impression, toutes proportions gardées que vous avez été le Maurice Vander de Barbara en certaines occasions. Nougaro ne jouait d’aucun instrument, Barbara jouait du piano, mais pour certaines chansons, vous étiez selon toute vraisemblance plus qu’arrangeur.

J’ai voulu raconter la stricte vérité et éclairer notre façon de travailler. J’ai senti que cela dérangeait certaines associations, car on ne touche pas à Barbara. Pendant les répétitions, je me mettais au piano alors qu’elle se préparait, et quand elle entendait quelque chose qui lui plaisait – c’était l’une des solutions –, elle venait et me disait : “Qu’est-ce que c’est ? ” À partir du moment, où elle me demandait “qu’est-ce que c’est ? ”, c’était signe que cela l’intéressait.

Cela signifie que pour un certain nombre de chansons, vous avez été plus qu’arrangeur, vous avez été co-compositeur.

Absolument. Il y en a certaines que j’ai signées. Le problème de la composition autour de Barbara, c’est que l’éditeur avait des bulletins de dépôt en blanc. C’est-à-dire qu’à partir du moment où la chanson naissait, il ne nous interrogeait pas sur la répartition des rôles et cela nous était indifférent. Lui déposait tout au nom de Barbara, mais moi, je ne revendique rien, parce qu’elle m’a tellement donné dans ma vie, elle a fait de moi ce que je suis…

C’est un témoignage très intéressant qui a trait au métier de l’arrangeur. Dans certains cas, il participe à la création de la musique.

À la création de l’œuvre, puisqu’il l’habille. Ce n’est pas lui qui la compose, car, en principe, le compositeur doit donner un travail déjà fourni avec une mélodie, une harmonisation, et un esprit, c’est-à-dire un style. C’est ce que je donnais à Michel Colombier lorsqu’il devait arranger les chansons que j’avais composées avec Barbara. Je donnais une sorte de maquette.

Pour ces maquettes, vous n’étiez pas non plus crédité.

Non, car les maquettes ne sont jamais créditées. Elles ne sont jamais déposées, il n’y a qu’un balbutiement de l’arrangement qui sera réalisé par la suite par l’arrangeur. Être arrangeur, c’est un vrai métier, être orchestrateur, c’est un vrai métier.

Lorsque l’on interroge les arrangeurs/orchestrateurs, un consensus se dégage autour du fait que leur travail mériterait d’être assimilé à de la co-composition dans de nombreux cas. Vous en tant que musicien, en tant qu’arrangeur, qu’en pensez-vous ?

Dans certains cas, je suis d’accord avec eux.

Les Vannier, Petit, Yared apportaient une part significative dans le succès de l’œuvre.

Ils l’apportent fatalement, qu’on le veuille ou non. En revanche, leur travail d’arrangement et orchestration ne justifie pas une cosignature dans la mesure où on leur donne de quoi travailler, sinon on ne pourrait plus différencier ce qu’est un arrangeur/orchestrateur de ce qu’est un compositeur. Je vais vous expliquer pourquoi ils disent cela, car je rencontre souvent le cas dans les musiques de films, et je pense que c’est à cela qu’ils font allusion. Certains individus se prétendent compositeur et viennent en vous sifflant un air. On doit alors chercher les harmonies, arranger la rythmique du phrasé et, finalement, naît de ce travail en commun une chanson que le pseudo compositeur revendique à part entière. Cela me semble anormal, complètement injuste, mais comment faire pour pouvoir traiter ce genre de cas ?

Jean-Claude Vannier m’a expliqué que dans les années 60 et 70, ces prétendus compositeurs faisaient barrage aux orchestrateurs qui rencontraient leurs pires difficultés pour placer leurs propres compositions auprès des artistes. Est-ce quelque chose que vous avez rencontré au cours de votre carrière ?

Il est vrai qu’à l’époque, lorsqu’un compositeur/auteur avait comme on dit vulgairement “l’affaire”, il faisait tout pour nous empêcher de rentrer dans cette filière qui aurait pu servir à l’interprète et nous ouvrir à une nouvelle façon de travailler.

Selon vous, qu’est-ce qui original dans la manière d’écrire la musique de Jean-Claude Vannier ?

Je vais faire une réponse idiote : il suffit de l’écouter et de le comparer avec les autres arrangeurs. Sa personnalité est tellement particulière, unique quelque part… Il a un sens des couleurs musicales, c’est là sa force et sa modernité. Les arrangements qu’il a réalisés autrefois sont toujours aussi actuels. Aujourd’hui, nous n’avons plus de Jean-Claude Vannier, il nous manque.

Peut-être est-ce à cause des maisons de disques qui ne peuvent plus financer des séances comme autrefois avec un arrangeur, un ingénieur du son, des cuivres, des cordes…

Je vous arrête : ce n’est pas qu’un question de budget. Les moyens, ils les ont, mais à partir du moment, où on peut faire autrement et pour pas cher, pourquoi dépenser de l’argent ?

Qu’est-ce que cela signifie ?

Ce qui compte pour eux, c’est la rentabilité dans le succès d’un disque. Si la chanson est bonne et si on peut s’arranger avec des synthétiseurs, ou avec une formation différente, on préfère alors ne pas dépenser trop d’argent. D’un certain côté, je les comprends : pour faire un succès avec une chanson,  il faut consacrer tellement d’argent à la promotion qu’ils préfèrent répartir autrement les coûts. Cela étant dit, l’artistique comptait plus autrefois. À présent, ce qui compte, c’est de savoir combien on va en vendre, c’est désolant.

Quel souvenir Barbara gardait-elle de ce disque avec Jean-Claude Vannier ?

Je pense qu’elle a adoré ce disque, elle aimait beaucoup Jean-Claude Vannier. Si elle l’a choisi, c’est qu’elle l’avait écouté avant de lui demander de lui faire ses arrangements. Elle a bien aimé aussi le personnage, car c’est homme un peu particulier. Le seul petit point noir, qui n’a rien à voir avec le disque et qui n’a rien à voir avec Vannier, c’est que le disque n’a pas marché.

Quel souvenir gardez-vous de l’album Madame ?

À chaque fois que je l’écoute, je trouve que c’est un must. C’est un disque à part avec tout ce qu’il faut à l’intérieur pour montrer la part de création de chaque personnage, aussi bien Barbara que Vannier. Lorsque Vannier a écouté les maquettes, j’ignorais quelle direction il allait prendre. Peut-être m’attendais-je à un travail plus classique, mais il a su trouver l’esprit qu’il fallait et les chansons ont pris de la valeur grâce à ses orchestrations.

Propos recueillis par Rémi Foutel le 13 mai 2017.

NB : Les entretiens publiés ici ont été réalisés en vue de l’écriture du livre, « Jean-Claude Vannier : L’arrangeur des arrangeurs » et ont pu être amputés de certains passages apparaissant dans ce dernier.